Pour la plupart des gens enfin surtout pour moi, les intermittents du spectacle étaient une bande de joyeux lurons venant semer la zizanie sur les plateaux de télévision pour manifester contre une énième réforme dont j’ignorai l’existence, loin d’imaginer qu’ils étaient les plateaux de télévision!
Mais qui sont-ils réellement? Et bien pour répondre à cette question, sans honte ni remord, je vais faire appel au plus « fiable » des sites encyclopédiques Wikipédia:
« Un intermittent du spectacle est une personne qui travaille par intermittence (alternance de périodes d’emploi et de chômage) pour des entreprises du spectacle (cinéma, télévision, théâtre ou autre spectacle vivant).[...]L’intermittent doit justifier un certain nombre d’heures au minimum dans une période donnée. Actuellement — au 1er janvier 2006 —, il faut avoir travaillé 507 heures (soit approximativement 3 mois de travail à 8 heures par jour) au cours
- Des 319 derniers jours pour les artistes
- Des 304 derniers jours pour les ouvriers ou les techniciens«
Après cette définition très impersonnelle de notre site préféré, qu’en est-il en pratique? Pour répondre à cela j’ai eu l’occasion de rencontrer un de ces spécimens.
Victor Blondel, 24 ans, technicien audiovisuel, jeune homme un peu bohème, aimant faire tournoyer et virevolter les mots de toute part . On verra avec lui comment il a été amené à devenir intermittent du spectacle et pourquoi il qualifie ceci de « carrément génial ».
G6k: Pour commencer peux-tu te présenter et faire une petite rétrospective de ton parcours?
Victor Blondel: Je m’appelle Victor Blondel, j’ai 24 ans, j’habite à Rouen et cherche à immigrer vers notre belle capitale. L’audiovisuel n’a pas été un choix de carrière évident puisque j’ai commencé par la photo lorsque j’étais petit avec mon papa. Et puis mon bac S en main, j’ai commencé un an de fac en mathématiques, informatique et électronique avant de découvrir que je ne faisais pas partie de ce monde. J’ai eu la chance d’entrer en BTS audiovisuel option image au lycée Corneille (Rouen). Une aubaine pour moi car je me suis découvert une passion pour le cinéma et l’audiovisuel en général. Après cette fameuse formation je me suis jeté dans la fosse aux lions et j’ai connu un an de galère avant d’arriver au statut qui nous intéresse, intermittent du spectacle.
G6k: Peux-tu nous en dire plus sur cette année de galère avant l’intermittence du spectacle?
V.B: Et bien au début tu ne sais pas trop comment ça marche pour trouver du boulot. Tu te retrouves tout seul avec ton CV avant de découvrir qu’il ne vaut rien dans ce milieu et puis tu vas sonner aux portes que tu connais le mieux, celles des boîtes où tu as fais tes stages. Peu à peu tu réussis à faire tes heures grâce à tes contacts et surtout à tes potes qui te refilent des contrats qu’il ne peuvent pas remplir. Au bout de la première année j’ai réussi à faire mes 504 heures requises sur 10 mois. Mais bien sûr il m’est arrivé de rentrer demander de l’aide à maman lorsque les fins de mois étaient difficiles.
G6k: Les avantages de ce statut?
V.B: Beaucoup! Tu as la liberté et le fric! La liberté car tu changes perpétuellement d’environnement de travail, rencontres des personnes différentes à chaque contrat donc tu t’enrichis car un projet est le fruit d’un travail de groupe, il suffit d’une personne en moins pour que le film soit complétement différent. C’est aussi un boulot où tu dois constamment suivre la technologie et où la polyvalence est essentielle, pas de temps pour l’ennui. Il faut aimer les challenges. Et le fric car si tu rencontres les bonnes personnes tu es le roi du pétrole et tu peux passer une journée comme aujourd’hui à ne rien faire tout en étant payé.
G6k: Il y a bien quelques inconvénients?
V.B: On a une pression permanente car il faut faire ses heures, tu n’es jamais certain d’avoir du boulot. C’est pour cela que même s’il peut t’arriver d’avoir une période où tu gagnes pas mal, il faut aussi que tu penses aux périodes de vache maigre. Et puis lorsque tu as beaucoup de contrats qui se suivent, tu n’as plus de vie sociale et c’est physiquement contraignant.
G6k: Et que penses-tu de l’étiquette de privilégié des intermittents?
Victor: Je suis assez d’accord, d’ailleurs j’y pensais il y a peu de temps. Je me sens un peu coupable de gagner autant par rapport à un ouvrier qui trime toute sa vie dans une usine , pour un salaire de misère.
G6k: Et dans 20 ans?
V.B: J’aurai la quarantaine, marié avec des enfants. Enfin peut-être que j’y penserai. Aujourd’hui ma priorité est de trouver un logement parisien. Et peut-être que plus tard le statut d’intermittent sera trop précaire pour moi, à ce moment là je penserai au changement. Pourquoi pas ouvrir un resto ou une cave à vin, voire même une boîte d’infographie, qui sait…
G6k: Un mot pour finir?
V.B: Intermittent: de la place pour toutes ses passions.
Entretien réalisé en février 2010
par G6K







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